Pour oublier la rectitude froide de ceux-ci;
Et plusieurs autres mots à la suite de cette première ondée
Pour qu’une chute de lettres réalimente le lit asséché de nos maux.
On écrit
Parce que nos doigts le commandent.
Mais nos mots servent à quoi?
Se pose un merle sur le piquet tuteur d’un plant de tomates.
Peut-être que nos mots répondent à une nécessité :
Un pommier offre, une fois celles-ci mûres, ses pommes;
Un cerisier, tout autant ses cerises;
Et un rosier, le parfum de ses roses et ses épines pour les protéger.
Quant au tapeux de mots bavant ses élucubrations sur la page blanche,
Il en irait tout autant?
Mais de quoi vit-il si, en fait, celui-ci n’écrit que pour lui-même?
On tape en enfonçant des touches : s’installe une sensation de vide.
On tape... et nos yeux
De voir à l’écran naître l’une après l’autre les lettres des mots;
Et mots qui, choisis, en viennent à dessiner une succession de lignes
Grâce à nos doigts qui s’activent sur les touches du clavier.
Et c’est chaque fois la même ritournelle lorsque surgissent les mots :
Nous sommes emporté,
Hésitons par la suite,
Et enfin craignons un quelconque cataclysme
Parce qu’il y a ce vide qui nous accompagne,
Cette sensation d’inutilité que nous traînons,
Cette incompréhension émanant du besoin de reconnaissance,
Et le poids de cette solitude que probablement tout un chacun supporte.
En fait, peut-être ressemblons-nous en réalité aux fleurs sauvages qui,
À travers l’herbe, ou le long d’un trottoir, ou dans le fond d’un canal,
Soit un peu partout et pratiquement dans l’indifférence totale,
Nous offrent un miroitement empreint d’une étonnante compatibilité.
De la pluie est prévue.
Les fleurs en ont besoin; de lumière et noirceur aussi;
Et à l'image de ce qui nous affecte : pour fleurir dans l’indifférence.
Mais en réalité, c’est le lot de pas mal de monde.
Nadagami