S’échouent les lettres
Qui y abandonne l’élan manoeuvré du stylo
Tandis que dehors tombent depuis les branches les feuilles.
Sans trop de conviction s’arrachent d’une boule d’atermoiement les mots.
On est si souvent porté à remettre à plus tard,
À repousser à un moment quelconque,
À se promettre
De le faire tout à l’heure ou un de ces quatre.
Mais en réalité,
On se demande si on ne cherche pas plutôt à contenir l’inspiration,
Comme s’il n’y avait plus rien à mettre sur papier,
Plus rien à dire au moyen du mot écrit.
Pourtant...
Il est vrai aussi que ce n’est pas tant qu’on a à dire
Que cette inexplicable conviction qu’on doit dire au moyen du mot écrit.
Mais à quoi bon les nuages si jamais la pluie?
On grignote.
On virevolte.
On tripote.
On est désinvolte.
L’engouement pour les mots s’est dissipé.
Il y a aussi l’âge;
Les déconvenues étrangement naissantes d’une fin de vie;
La lassitude face à un quotidien évidé des nécessités de survie.
Et voilà que nos paupières cherchent à se refermer
Tandis que notre conscience
Flirte du côté des rêves.
Nos mots s’échouent à la va-comme-je-te-pousse
Sur les rives d’un affluent largement asséché.
On en est rendu à oublier d’enfoncer les touches du clavier.
Ce qui se passe?
Écrire,
C’est devenu n’importe quoi.
Et moins on écrit,
Plus c’est tof de se remettre à la tâche.
Nadagami