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Six cent dix

3/8/2026

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​Interminable temps d’attente :
Serre-vis d’une canne à dada.
De toute évidence, je ne suis pas le seul qui, ce matin, attend.
Trépassent les instants successifs réduits en secondes.
 
Par la fenêtre au-dessus de l’évier de la cuisine,
Je devine que souffle depuis le sud-ouest la brise.
Se sont écoulés plus de six quarts d’heure d’attente :
Les nouvelles sont lues;
 
La liste d’épicerie est prête;
1 heure 35 minutes plus tard...
Parce que je n’ai pas le choix!
Il me faut parler à quelqu’un du Serre-vis
 
Pour donner suite à cet envoi postal reçu ce matin même
Afin que soient mises à jour les infos contenues dans mon dossier.
Sauf que, je le constate et le répète, je ne suis pas le seul
À attendre qu’une personne attitrée me réponde.
 
Il n’empêche que,
Un an plus tard soit dit en passant,
On donne enfin suite
Au retour d’un envoi postal qu’on avait presque oublié.
 
Et toujours, en boucle, la même pièce musicale!
Passent les minutes,
Les demi-heures,
Les heures...
 
Dehors,
Sous un ciel à la blancheur nuageuse grisonnante,
La chaleur humide accentue le bourdonnement des bruits de moteur.
Deux heures passées et les minutes qui toujours s’égrènent...
 
L’impatience me gagne;
Rien de plus normal.
Secondes, minutes, quarts d’heure, demi-heures, heures...
Et tout à coup,
 
Voilà que se fait entendre
Une voix féminine monocorde quelque peu cassante.
 L’attente est terminée : « Oui... D’accord. C’est bien. Merci! »
Je raccroche... Dans deux semaines, il me faudra rappeler.
 
 
Nadagami
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Six cent neuf

28/7/2026

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​Spectateur :
Sur la scène,
Là-bas, au centre, la guerre;
Un peu plus loin, sur le côté gauche, la guerre encore;
 
Toujours plus loin, cette fois-ci à droite, toujours la guerre.
Ici,
Du haut de notre prétentieuse paix,
Il y a le prix du litre d’essence qui mine notre moral.
 
Dehors,
Le soleil;
En-d’dans,
Une vie en dents de scie.
 
L’âge nous rattrape.
Parce que,
Hein,
On y pense parce qu’on le voit,
 
Le bout,
Celui de la ligne,
Borné, ce bout, tout d’abord par une naissance,
Ensuite par une fin de vie.
 
Là-bas,
La guerre;
Ici,
Les prix des biens qui grimpent inexorablement.
 
Autour, tout près, pour ne pas dire juste à côté,
Les chiens qui jappent.
Les chiens :
Avant, on faisait des p’tits; aujourd’hui, on s’achète un chien.
 
Toujours est-il qu’on tape ce matin,
Qu’on enfonce des touches parce que,
Et même si ça ne paie pas,
On n’a pas le choix.
 
Et comme on n’a pas le choix,
Si nos doigts se tiennent trop loin du clavier,
C’est notre moral qui déraille.
Là-bas, c’est la guerre; ici, les chiens jappent.
 
 
Nadagami
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Six cent huit

22/7/2026

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​C’est parce que,
Quand même,
Tsé...
Bin c’est ça!
 
Dire pour seulement dire qu’on n’a rien, mais vraiment rien, à dire.
Le jour se lève,
M’élève
Et fait de moi son élève.
 
Toute une vie à se demander en se levant le matin
De quoi aujourd’hui sera fait pour finalement aboutir
À une fin de vie qui n’en finit plus de finir
Comme si tout devait s’arrêter là.
 
Parfois,
J’ai cette impression, plutôt navrante, d’avoir vécu
Pour rien.
On souffre, on rit, on travaille, on se couche, on se divertit
 
Pour,
En bout de ligne,
Rien?
Mais il n’empêche que je ressens, quelque part au fond de moi, la peur.
 
Passent les journées...
Écrire?
Facile.
De vivre du mot écrit?
 
Calvaire!
Passent les journées
À chercher afin de comprendre quelque chose
À cette chose qui n’est autre chose que le quotidien.
 
Écrire...
Et espérer en vivre...
Une illusion?
D’aucuns y arrivent.
 
On s’obstine malgré tout parce que, en fait, on n’a pas le choix.
Enfoncent les touches nos doigts.
Une fois de plus surgit
La trente-sixième ligne.
 
 
Nadagami
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Six cent sept

19/7/2026

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​Mes doigts désespèrent d’être si dactylographiquement silencieux,
Surtout que mes mots tapés et à taper
Découlent d’une irrépressible nécessité
D’expression, d’expulsion, d’exécution.
 
Au moins en ce moment s’activent-ils
Afin que se détachent les unes des autres les lettres des mots;
Ensuite, les uns des autres, les mots;
Ensuite, mais pas tout de suite car à première vue sans suite,
 
S’en suivra un déversement nécessitant un déblaiement.
Un jour alors que je n’étais pas né,
Ma conscience s’exclamait en deux lieux différents,
Soit de chaque côté de l’Atlantique,
 
Le tout dans l’attente ignorée d’une fusion à venir.
Cette dichotomie toutefois s’est déroulée lors d’un hier,
Dans l’attente inconsciente d’un demain
Ne pouvant être comprise, une fois saisie, qu’aujourd’hui
 
Car « main tenant » stylo;
Comme si hier et demain et aujourd’hui
Fusionnaient...
... et de décrocher.
 
Et je décroche parce que je n’y comprends rien.
Il n’avait pas de ces ciels jaune bruni de fumée
Du temps de ma jeunesse.
On nous dit que c’est en raison du progrès progressant progressivement.
 
Si j’ai une poignée dans le dos?
On dirait.
Et le ciel, au nom du progrès,
Tout à coup de jaunir et brunir et le soleil de disparaître.
 
Et tout à coup aussi cette odeur de fumée.
Brûle la terre de la Terre.
On pourrait m’expliquer?
Je lis moins les nouvelles pour être moins désinformé.
 
Pas le choix :
Il me faut écrire.
Et quand j’écris,
Je crie.
 
 
Nadagami
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Six cent six

14/7/2026

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​Au beau milieu de l’été,
Le voilà qui chantonne tout en improvisation qu’est l’été;
Mais bien qu’effectivement se déploie l’été,
Il claironne parfois que l’été a été quoique n’ait été tout l’été.
 
Les mots :
Tout à coup, entre deux secondes fuyantes, la certitude d’avoir compris;
Sauf qu'en même temps on cherche à se glisser derrière l’incompréhension
Parce que :
 
La peur de la solitude;
La conscience irrépressible du vide infini;
L’odeur lancinante de la mort associée à la pauvreté;
Le redoutable doute qui déroute.
 
Sous les pieds,
On a l’impression que le sol cherche à se dérober.
Il est vrai qu’en maints lieux
D’aucuns se montrent presque enthousiastes à faire trembler la Terre.
 
De l’autre côté de l’Atlantique,
Le prix du baril de l’or noir étant jugé trop bas,
Après les menaces, on passe en mode bombardements :
Et il y a ce pétrole tout en bas de la carte qu’on veut extraire.
 
Que d’instabilité!
Dehors,
Viréo mélodieux et cardinal rouge
Se donnent à fond de train de complaintes territoriales chantantes.
 
Le territoire, autant pour l’un que pour l’autre, qu’il faut :
Délimiter,
Occuper
Et surtout défendre.
 
Il en va de même en tout,
Qu’on le veuille ou pas.
De la cervelle d’oiseau,
Il en reste beaucoup sous la chevelure de l’homme.
 
Il fait beau,
Chaud.
Le gazon tendant à jaunir pousse quelque peu au ralenti.
Quant à la finalité de la vie, je n’y perçois qu’embrouilles.
 
 
Nadagami
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Six cent cinq

3/7/2026

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​Résonnance redondante d’un bruit du silence :
« Un jour,
J’écrirai aussi vite
Que je parle. »
 
Et ce jour est arrivé
Alors que mes mots naissent à l’écran
Sans tenir compte de l’écoulement du temps,
Sans que la vitesse d’exécution ne soit déterminante.
 
« Mais peut-être que, en réalité, ou en somme, ou finalement...
Peut-être que je parle
Aussi vite que j’écris! »
M’écrié-je!
 
Ou m’écriais-je?
Ou m’écrirais-je?
Ou m’écris-je?
Ou « Mais! » crié-je?
 
Un camion
Sur le Jacobs
Passe devant la maison
Tout en abandonnant derrière lui un tintamarre de compression.
 
Passent aussi, peu importe où et dans l’indifférence, les secondes,
De même que les chars, les motos, les quatre-roues et les côte-à-côte,
Ainsi que, et tel que précité, les camions mais pas n’importe où,
Et enfin les images subconscientes qui empruntent un autre chemin.
 
Sauf que tout cela n’empêche en rien qu’il a été une fois
Qui sera
Car elle hait
De n’être qu’un être sans être l’être qu’en réalité elle est.
 
Mais bon!
Le soleil s’embrouille à mesure que s'épaissit le couvert nuageux;
L’été, plutôt lambin, nous est arrivé tout d’un coup dans la gueule;
Et nous, on n’a pas le choix, on fait avec.
 
Les fourmis, les vraies, un peu partout fourmillent.
Et voilà que tout à coup on ne sait plus trop où on en est.
Tiens donc! Le vent de souffler depuis le sud.
Et si « et si » devenait esti pour mieux édulcorer « hostie »?
 
(Ainsi, on risque moins de se retrouver en enfer...
Parce que, du temps de ma jeunesse,
Le « bon » dieu « punisseur »
Faisait de la grosse business parce qu’il était bon et nous, mauvais.)
 
Tout cela me fait penser à quelqu’un...
À moins que je ne me trompe.
 
 
Nadagami
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Six cent quatre

27/6/2026

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​Jet en continu de mots sur la page brouillon
Pour oublier la rectitude froide de ceux-ci;
Et plusieurs autres mots à la suite de cette première ondée
Pour qu’une chute de lettres réalimente le lit asséché de nos maux.
 
On écrit
Parce que nos doigts le commandent.
Mais nos mots servent à quoi?
Se pose un merle sur le piquet tuteur d’un plant de tomates.
 
Peut-être que nos mots répondent à une nécessité :
Un pommier offre, une fois celles-ci mûres, ses pommes;
Un cerisier, tout autant ses cerises;
Et un rosier, le parfum de ses roses et ses épines pour les protéger.
 
Quant au tapeux de mots bavant ses élucubrations sur la page blanche,
Il en irait tout autant?
Mais de quoi vit-il si, en fait, celui-ci n’écrit que pour lui-même?
On tape en enfonçant des touches : s’installe une sensation de vide.
 
On tape... et nos yeux
De voir à l’écran naître l’une après l’autre les lettres des mots;
Et mots qui, choisis, en viennent à dessiner une succession de lignes
Grâce à nos doigts qui s’activent sur les touches du clavier.
 
Et c’est chaque fois la même ritournelle lorsque surgissent les mots :
Nous sommes emporté,
Hésitons par la suite,
Et enfin craignons un quelconque cataclysme
 
Parce qu’il y a ce vide qui nous accompagne,
Cette sensation d’inutilité que nous traînons,
Cette incompréhension émanant du besoin de reconnaissance,
Et le poids de cette solitude que probablement tout un chacun supporte.
 
En fait, peut-être ressemblons-nous en réalité aux fleurs sauvages qui,
À travers l’herbe, ou le long d’un trottoir, ou dans le fond d’un canal,
Soit un peu partout et pratiquement dans l’indifférence totale,
Nous offrent un miroitement empreint d’une étonnante compatibilité.
 
De la pluie est prévue.
Les fleurs en ont besoin; de lumière et noirceur aussi;
Et à l'image de ce qui nous affecte : pour fleurir dans l’indifférence.
Mais en réalité, c’est le lot de pas mal de monde.
 
 
Nadagami
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Six cent trois

21/6/2026

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​(J’me tiens loin du clavier... Tellement!)
Mais avant que l’enfilade de nos mots ne nous emporte,
Nous nous adonnons à dessiner des lettres
Au-dessus d’une ligne bleue pour qu’à leur suite naissent des phrases
 
En cette langue venue de l’autre Côté;
De l’autre côté de cet océan qui nous a contraint à la séparation;
Enfin langue que de trop nombreux locuteurs d’âge scolaire rejettent
Et qui, par contre-coup, s’abstiennent d’en acquérir la maîtrise.
 
On veut la richesse
Tout en vilipendant
Une langue
De riches.
 
Bizarre!
Quant à nous
Et malgré tout ce qui est véhiculé au sujet de cette langue,
On a choisi les mots que celle-ci nous offre comme moyen d’expression.
 
En somme, on essaie tant bien que mal de ne vivre qu’en cette langue
Venue de France
Parce qu’elle est deux,
Parce que les autochtones font état de leurs déversements de peine
 
Puisque justement sont si nombreuses ces langues du terroir
Qui tendent à partir, comme nos environnements forestiers, en fumée.
Si elle est parfaite notre langue?
Non!
 
Si elle est deux?
Oui! Oui!
Féminine
Et masculine.
 
Un peu empoussiérée...
Mais quand on sait qui a la main sur la bride, l’explication surgit.
Épicène (beaucoup plus que ce que l’usage prétend) elle est :
Un une enfant;
 
Un une médecin;
Un une diplomate; un une architecte; un une ministre.
Un, une...
Comme si « il/elle » a ou ont des ailes pour mieux survoler des îles.
 
 
Nadagami
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Six cent deux

14/6/2026

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​Écrire :
Nos doigts s’abandonnent à cette danse improvisée
Qui les fait filer d’une touche à une autre
Et qu’/rire
 
Au contact des touches à enfoncer du bout de leur longueur onglée.
Voilà
Quelques mots échappés et maintenant accrochés à une ligne invisible.
Mais...
 
Juste une envie ressentie que nous emporte la fuite
Pour oublier
Et, en même temps, pour mieux observer l’écoulement du souffle du vent
Sans pour autant voir le vent qui souffle
 
Parce que le vent,
On le devine.
Un jour,
Alors que je marchais,
 
J’ai pris le temps de ressentir l’inégalité du souffle du vent,
De déterminer sa direction,
De chercher à mesurer l’étendue de sa puissance
Et enfin, d’accepter qu’il ferait grand vent toute la journée.
 
Très vite par la suite, j’ai oublié qu’il ventait
Alors qu’il (le vent) me fouettait le visage,
Qu’il m’obligeait à me pencher pour avancer,
Que face à lui je resterais à tout jamais aveugle.
 
Mais c’était hier,
Tsé... un hier impossible à mettre dans une case,
Impossible à définir
Si ce n’est que c’était au cours d’un hier.
 
Là,
En ce moment,
La brise qui a chassé la brume matinale
Continue de caresser les feuillages au vert tendre (èmbé) des érables.
 
Quant à la brise elle-même,
Elle brise la monotonie de l’immobilité des feuillages.
Il a plu au cours de la nuit qui vient tout juste de s’achever.
Et tantôt, soit à un moment quelconque de la journée, on sortira.
 
 
Nadagami
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Six cent un

29/5/2026

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​Il pleut.
Et moi, si je peux?
Elle pleure.
Et moi, si j’ai peur?
 
Parfois,
Tout à coup
Entre deux coups
Et bien entendu pas tout un coup,
 
Quelques mots
Qui,
Telles des gouttes de sève sucrée s’échappant de l’entaille,
Tout à coup... Qui... Eee...
 
Bon! Eee... Ouais! J’y arrive :
Voilà que tout d’abord tombe dans une chaudière
Une première goutte du précieux liquide sucrée
Qui sera suivie d’une seconde.
 
Passe le temps
Entre deux points de marquage
Dont on ne peut imaginer
L’emplacement
 
Parce que la ligne du temps
Existe
Bien qu’il nous soit impossible
De la saisir autrement que par le senti.
 
Où tout a commencé?
Bin...
On va dire : là!
Ici?
 
Oui! Oui!
Drette là!
Là? Euh...
J’ai bien ouï?
 
Il était donc une fois
Qui est
Et qui ensuite sera
Puisque sera ce qui est après avoir été.
 
 
Nadagami
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